Table des matières

Introduction

Face à la vulnérabilité particulière des petits États insulaires en développement, l’Union des Comores a entrepris depuis les années 1990 un travail systématique de diagnostic environnemental et d’élaboration de stratégies nationales pour faire face aux défis écologiques majeurs. Ces démarches s’inscrivent dans le cadre des conventions internationales sur l’environnement, notamment la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CLD) et la Convention-cadre sur les changements climatiques.

Le premier “Diagnostic de l’état de l’environnement aux Comores”, réalisé en novembre 1993 par la Direction Générale de l’Environnement avec l’appui du projet PNUD/UNESCO/UICN COI/91/006, constitue une photographie globale inédite de l’état environnemental de l’archipel. Ce document fondateur a servi de base à l’élaboration de la politique environnementale nationale et a été conçu pour être révisé annuellement en fonction de l’évolution des connaissances.

Ces initiatives nationales reflètent la prise de conscience des autorités comoriennes face à des menaces environnementales multiples : dégradation des terres, érosion des sols, vulnérabilité climatique et pressions anthropiques croissantes sur des écosystèmes insulaires fragiles.

Le diagnostic environnemental de 1993

Contexte et méthodologie

Le diagnostic environnemental de 1993 représente le premier document de son genre développé en République Fédérale Islamique des Comores. Élaboré sous l’égide du Ministère du Développement Rural, de la Pêche et de l’Environnement, ce travail s’est appuyé sur l’expertise de nombreux spécialistes couvrant diverses disciplines scientifiques. La complexité du domaine environnemental a nécessité une approche multisectorielle intégrant les connaissances approfondies de différents domaines.

Le document adopte une approche systématique en analysant d’abord le cadre géographique et les caractéristiques principales du milieu naturel comorien. Cette base physique inclut l’étude de l’origine géologique récente de l’archipel, marquée par la remontée de la croûte terrestre et un volcanisme récent associé. Le Karthala, volcan toujours en activité sur l’île de Grande Comore, constitue un élément central de cette géomorphologie particulière, créant un relief contrasté et une grande diversité de formations géologiques.

Analyse climatique et environnementale

Le diagnostic accorde une attention particulière à la grande variabilité climatique de l’archipel. Les conditions météorologiques aux Comores présentent des caractéristiques tropicales avec une alternance de saisons des pluies et de saisons sèches, mais cette variabilité constitue également un facteur de vulnérabilité environnementale. Les différences microclimatiques entre les îles et même au sein d’une même île influencent significativement la distribution des écosystèmes et les modes d’utilisation des terres.

La vocation du diagnostic de servir de base à l’élaboration de la politique environnementale nationale souligne son caractère stratégique. Le document devait permettre aux décideurs politiques et aux planificateurs de disposer d’une vision d’ensemble de l’état environnemental du pays, identifiant les zones prioritaires d’intervention et les secteurs nécessitant une attention particulière.

Le Plan d’Action National de lutte contre la désertification

Contexte d’élaboration et cadre institutionnel

En septembre 2013, le Ministère de la Production, de l’Énergie, de l’Environnement, de l’Industrie et de l’Artisanat, à travers la Direction Générale de l’Environnement et des Forêts, a adopté le Plan d’Action National pour la Lutte contre la Désertification aux Comores (PAN/LCD). Ce document stratégique répond aux engagements internationaux du pays dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification.

Le PAN/LCD s’articule autour d’une analyse approfondie du milieu comorien, incluant le contexte physique et géographique, le milieu humain et la situation écologique. Cette approche holistique permet de comprendre les interactions complexes entre les facteurs naturels et anthropiques dans les processus de dégradation des terres.

Problématique de la désertification et de la dégradation des terres

Bien que le terme “désertification” puisse sembler paradoxal pour un archipel tropical, il recouvre aux Comores une réalité préoccupante de dégradation des terres. Le PAN/LCD définit précisément les facteurs de la désertification dans le contexte insulaire comorien. Ces facteurs incluent la surexploitation des ressources naturelles, l’érosion des sols liée au relief accidenté et aux précipitations intenses, la déforestation pour l’agriculture et la production de bois de chauffe, ainsi que la pression démographique croissante sur des terres limitées.

Les conséquences de cette dégradation sont multiples : diminution de la fertilité des sols, réduction de la productivité agricole, perturbation des cycles hydrologiques, perte de biodiversité et aggravation de la vulnérabilité face aux catastrophes naturelles. Le plan identifie également la répartition géographique de la désertification et de la dégradation des terres, permettant une approche territoriale ciblée.

Objectifs et stratégies de mise en œuvre

Le PAN/LCD définit des objectifs clairs, des activités spécifiques et des résultats attendus mesurables. Ces objectifs s’alignent sur le Plan-Cadre Stratégique de la Convention sur la lutte contre la désertification, tout en tenant compte des spécificités nationales. Le plan établit des priorités géographiques et thématiques pour la mise en œuvre des actions, identifiant les zones les plus vulnérables et les interventions les plus urgentes.

La mise en œuvre du PAN/LCD implique une multiplicité d’acteurs et de parties prenantes, incluant les institutions gouvernementales, les collectivités locales, les organisations de la société civile et les communautés villageoises. Le plan prévoit également des synergies avec d’autres conventions environnementales, notamment celles sur les changements climatiques et la biodiversité, reconnaissant l’interconnexion des défis environnementaux.

Le Cadre Stratégique de Programmation 2011-2016

Architecture stratégique

Le Cadre Stratégique de Programmation (CSP) 2011-2016 sur les changements climatiques, l’environnement naturel et la réduction des risques de catastrophes représente une approche intégrée des défis environnementaux. Coproduit avec l’assistance technique et financière du Système des Nations Unies à travers le PNUD, ce document structurant articule les orientations programmatiques autour de trois piliers thématiques interconnectés.

Le CSP présente d’abord le contexte national, puis développe des orientations programmatiques spécifiques pour chacun des trois piliers : changements climatiques, environnement naturel, et réduction des risques de catastrophes. Cette structuration reflète une compréhension holistique des enjeux environnementaux, où les actions dans un domaine renforcent et complètent celles des autres secteurs.

Pilier 1 : Changements climatiques

Le premier pilier thématique du CSP se concentre sur l’adaptation et l’atténuation face aux changements climatiques. Les Comores, en tant que petit État insulaire en développement, figurent parmi les nations les plus vulnérables aux impacts climatiques : élévation du niveau de la mer, modification des régimes de précipitations, intensification des événements climatiques extrêmes et acidification des océans.

La matrice de mesures et d’actions pour ce pilier inclut des interventions visant à renforcer la résilience des communautés côtières, à améliorer la gestion des ressources en eau face à la variabilité climatique, et à promouvoir des pratiques agricoles adaptées. Le cadre de suivi-évaluation établi pour ce pilier permet de mesurer les progrès réalisés et d’ajuster les stratégies en fonction des résultats obtenus et des nouvelles connaissances scientifiques.

Pilier 2 : Environnement naturel

Le deuxième pilier thématique aborde la conservation et la gestion durable de l’environnement naturel comorien. Cet axe stratégique reconnaît la richesse écologique de l’archipel, caractérisée par un endémisme remarquable et des écosystèmes fragiles menacés par les pressions anthropiques.

Les mesures prévues portent sur la protection de la biodiversité terrestre et marine, la gestion durable des forêts, la restauration des écosystèmes dégradés et la promotion d’une utilisation rationnelle des ressources naturelles. Le pilier intègre également les dimensions de gouvernance environnementale et de participation communautaire, reconnaissant le rôle central des populations locales dans la préservation des écosystèmes.

Pilier 3 : Réduction des risques de catastrophes

Le troisième pilier thématique traite de la réduction des risques liés aux catastrophes naturelles, particulièrement pertinent pour un archipel volcanique exposé aux aléas multiples : éruptions volcaniques, cyclones tropicaux, inondations, glissements de terrain et tsunamis potentiels.

Les actions programmées visent à renforcer les capacités nationales et locales de prévention, de préparation et de réponse aux catastrophes. Cela inclut le développement de systèmes d’alerte précoce, l’aménagement du territoire tenant compte des zones à risque, le renforcement des infrastructures critiques et la sensibilisation des populations. Le cadre de suivi-évaluation pour ce pilier mesure l’amélioration de la résilience communautaire et institutionnelle face aux catastrophes.

Projets spécifiques et mise en œuvre

Approvisionnement en eau résilient au changement climatique

En juin 2022, la Direction Générale de l’Environnement et de la Sylviculture (GDEF) du Ministère de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Environnement a développé un projet spécifique intitulé “Assurer un approvisionnement en eau résilient au changement climatique aux Comores”. Ce projet, formalisé sous le contrat N° 2019DGEF/001/ER2C, prévoit notamment des forages dans les zones du projet avec un plan de gestion environnemental et social.

Cette initiative illustre la traduction opérationnelle des stratégies nationales en actions concrètes sur le terrain. Le projet aborde la question cruciale de la sécurité hydrique dans un contexte de changements climatiques, reconnaissant que l’eau constitue une ressource vitale dont la disponibilité et la qualité sont menacées par les modifications du climat et la dégradation environnementale.

Coordination institutionnelle

La formulation du CSP a impliqué une large gamme d’institutions et d’organisations, témoignant d’une approche participative et inclusive. Cette coordination multi-acteurs est essentielle pour assurer la cohérence des politiques environnementales et leur mise en œuvre effective aux différents niveaux territoriaux et sectoriels.

La multiplicité des institutions participantes reflète également la nature transversale des enjeux environnementaux, qui touchent pratiquement tous les secteurs de développement : agriculture, pêche, énergie, tourisme, santé, éducation et aménagement du territoire.

Défis et perspectives

Contraintes de mise en œuvre

Malgré l’élaboration de cadres stratégiques solides, la mise en œuvre des politiques environnementales aux Comores fait face à plusieurs contraintes. Les capacités institutionnelles limitées, les ressources financières insuffisantes, la faiblesse des moyens techniques et humains, ainsi que les instabilités politiques récurrentes constituent autant d’obstacles à la réalisation des objectifs fixés.

Le financement reste un défi majeur, nécessitant la mobilisation de ressources domestiques mais aussi l’accès aux mécanismes internationaux de financement climatique et environnemental. Les passerelles avec d’autres processus politiques, identifiées dans le PAN/LCD, visent à intégrer les considérations environnementales dans les stratégies sectorielles de développement.

Intégration des conventions environnementales

Les synergies entre les différentes conventions environnementales internationales ratifiées par les Comores (désertification, changements climatiques, biodiversité) offrent des opportunités de maximiser l’efficacité des interventions. Cette approche intégrée permet d’éviter les duplications, d’optimiser l’utilisation des ressources limitées et de renforcer la cohérence des politiques publiques.

L’évolution continue des connaissances scientifiques sur les écosystèmes comoriens et les impacts des changements globaux nécessite une actualisation régulière des diagnostics et des stratégies, comme prévu dès le document de 1993. Cette adaptation continue constitue un enjeu majeur pour maintenir la pertinence et l’efficacité des politiques environnementales nationales.

Bilan et enjeux futurs

L’ensemble des documents stratégiques élaborés depuis 1993 témoigne d’une volonté politique affirmée de faire face aux défis environnementaux. Du diagnostic initial de 1993 au PAN/LCD de 2013, en passant par le CSP 2011-2016 et les projets spécifiques comme celui sur l’eau résiliente de 2022, les Comores ont progressivement construit un cadre de référence complet pour la gestion environnementale.

Ces efforts s’inscrivent dans une prise de conscience croissante au niveau international de la vulnérabilité particulière des petits États insulaires face aux changements environnementaux globaux. Les Comores, comme d’autres nations insulaires, plaident pour une solidarité internationale renforcée et un soutien accru des pays développés dans la lutte contre les changements climatiques et la dégradation environnementale.

L’enjeu principal pour les années à venir reste la traduction effective de ces cadres stratégiques en actions concrètes sur le terrain, avec des impacts mesurables sur la qualité environnementale, la résilience des communautés et le développement durable de l’archipel. La mobilisation de tous les acteurs nationaux et le soutien de la communauté internationale demeurent essentiels pour relever ces défis existentiels pour la nation comorienne.

Voir aussi

Sources

  • Ministère du Développement Rural, de la Pêche et de l’Environnement, Direction Générale de l’Environnement, “Diagnostic de l’état de l’environnement aux Comores”, Projet PNUD/UNESCO/UICN COI/91/006, novembre 1993
  • Ministère de la Production, de l’Énergie, de l’Environnement, de l’Industrie et de l’Artisanat, Direction Générale de l’Environnement et des Forêts, “Plan d’Action National pour la Lutte contre la Désertification aux Comores (PAN/LCD)”, septembre 2013
  • Union des Comores, “Cadre Stratégique de Programmation 2011-2016 : Changements Climatiques - Environnement Naturel - Réduction des Risques de Catastrophes”, coproduit avec le PNUD, 2011
  • Ministère de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Environnement, Direction Générale de l’Environnement et de la Sylviculture, “Projet Assurer un approvisionnement en eau résilient au changement climatique aux Comores - Plan de Gestion Environnemental et Social”, Contrat N° 2019DGEF/001/ER2C, juin 2022