Table des matières

Introduction

L’archipel des Comores, et plus particulièrement l’île d’Anjouan (Ndzuwani), occupe une position singulière dans l’espace culturel et linguistique de l’océan Indien occidental. Carrefour entre l’Afrique orientale, Madagascar et le monde arabo-islamique, cet espace insulaire constitue un laboratoire remarquable pour l’étude des interactions entre traditions religieuses et phénomènes linguistiques. Les dialectes comoriens, notamment le shindzuwani (parlé à Anjouan) et le shingazidja (Grande Comore), témoignent de stratifications historiques complexes où se mêlent influences bantoues, arabes et malgaches.

Cette convergence culturelle s’inscrit dans un réseau plus large, celui des cités-États swahili qui s’étendent de Lamu (Kenya) à Sofala (Mozambique), dont les Comores représentent l’extension occidentale. L’islamisation progressive de ces sociétés, amorcée dès le XIIe siècle, n’a pas effacé les substrats culturels antérieurs, créant des syncrétismes religieux et linguistiques particulièrement visibles dans les pratiques rituelles et les systèmes onomastiques.

L’étude croisée de la linguistique comorienne et des pratiques religieuses à Anjouan permet de mettre en lumière les mécanismes d’intégration culturelle qui ont façonné l’identité swahili comorienne, tout en révélant les permanences de rites pré-islamiques et l’impact durable des influences arabes sur les structures même des langues comoriennes.

Le monde swahili : Anjouan dans le réseau des cités-États de l’océan Indien

Les cités-États swahili et la position d’Anjouan

Le concept de civilisation swahili désigne l’ensemble culturel développé sur les côtes orientales de l’Afrique et les îles adjacentes, caractérisé par une économie commerciale maritime, une islamisation précoce et l’usage de la langue swahili. Les cités-États comme Lamu, Pate, Mombasa ou Kilwa constituaient autant de nœuds dans un vaste réseau commercial et culturel reliant l’Afrique, l’Arabie, la Perse et l’Inde.

Anjouan s’inscrit pleinement dans ce système. Selon Sophie Blanchy, l’île devient du XVIIe au XXe siècle “un nœud dans les réseaux de l’océan Indien”, développant une “société urbaine lettrée et marchande” comparable aux grandes cités swahili du continent. Les villes anjouanaises, construites en pierre, abritaient des populations arabisées organisées en principautés hiérarchisées, à l’image de leurs homologues continentales. La succession des sultans d’Anjouan, documentée depuis la fin du XIVe siècle avec le sultan Hassan Mohamed, témoigne de l’ancienneté et de la sophistication de ces structures politiques.

Une identité islamique lettrée

L’islam constitue le ciment culturel du monde swahili. À Anjouan, l’enseignement coranique structure profondément la vie sociale. Les écoles coraniques (madrasas) forment le socle de l’éducation traditionnelle. À Sima, par exemple, ces institutions transmettent non seulement la récitation du Coran, mais aussi l’écriture arabe, la jurisprudence islamique (fiqh) et les traditions prophétiques (hadith). Cette culture lettrée en arabe coexiste avec l’usage quotidien du shindzuwani, créant un bilinguisme fonctionnel caractéristique des élites urbaines comoriennes.

La ville apparaît comme le lieu privilégié de cette culture islamique. Contrairement à Mayotte, qui selon Claude Robineau “n’a pas de villes, cités bâties en pierres où une population arabisée vit selon des traditions différentes de la vie rurale”, Anjouan et la Grande Comore “abondent en cités, anciens noyaux de principautés disparues”, où “l’Islam y est fortement organisé, la vie urbaine développée, la société constituée en groupes hiérarchisés”.

Les langues comoriennes : structures et influences

Le shikomori : une langue bantoue à accent libre

Le comorien (shikomori) appartient à la famille bantoue, groupe linguistique majoritaire en Afrique subsaharienne. Il se décline en quatre dialectes principaux correspondant aux quatre îles : shingazidja (Grande Comore), shindzuwani (Anjouan), shimwali (Mohéli) et shimaore (Mayotte). Ces variétés présentent une intercompréhension partielle mais des spécificités phonologiques et morphologiques distinctes.

Une caractéristique fondamentale des dialectes comoriens est leur système prosodique accentuel. Comme l’a démontré Ahmed Jaffar, le shindzuwani “relève de la notion d’accent et non de la notion de ton, dans la mesure où chaque mot comporte une syllabe accentuée et une seule, contrairement aux langues tonales où le nombre de schèmes prosodiques possibles est supérieur au nombre de syllabes d’un mot”. Il s’agit d’un “accent libre”, c’est-à-dire que “la place de l’accent dans le mot n’est pas phonétiquement prévisible mais qu’elle varie selon des paramètres d’ordre lexical, morphologique et syntaxique”.

Le système de classes nominales

Le comorien conserve le système de classification nominale caractéristique des langues bantoues. Chaque nom appartient à une classe marquée par un préfixe qui détermine l’accord grammatical. Mohamed Ahmed-Chamanga illustre ce principe en shingazidja : “dans le mot mdjeni ‘un étranger’, m- est le préfixe nominal. Ce mot donne au pluriel wadjeni ‘des étrangers’ dont le préfixe est wa-. De même, dans le mot hiri ‘une chaise’, le préfixe est hi-. Et dans son pluriel ziri, le préfixe est zi-”.

Ce système, qui remonte au proto-bantou, a toutefois subi des transformations sous l’influence des contacts linguistiques. Le shingazidja présente notamment “la morphologie la plus complexe” parmi les dialectes comoriens, “celui où les phénomènes d’amalgame, de contraction et d’épenthèse sont les plus développés”, phénomènes qui témoignent d’une évolution linguistique accélérée, possiblement liée aux influences externes.

L’intégration accentuelle : un phénomène morphosyntaxique spécifique

Le shindzuwani présente un phénomène remarquable appelé “intégration accentuelle”. Selon Ahmed Jaffar, on parle d’intégration accentuelle “lorsque le groupe accentuel peut coïncider avec le mot ou comporter plusieurs mots, c’est-à-dire se présenter comme la concaténation de plusieurs unités susceptibles par ailleurs d’exister de manière autonome chacune avec son accent”. Ce processus, particulièrement visible dans le système nominal, montre comment les structures syntaxiques peuvent se fondre en unités prosodiques unifiées, créant des amalgames morphologiques complexes.

L’élision constitue un autre phénomène phonologique important, surtout en shingazidja. Mohamed Ahmed-Chamanga note que ce dialecte est “celui où les phénomènes d’amalgame, de contraction et d’épenthèse sont les plus développés”, l’élision étant “par sa fréquence, tout aussi important”. Ces processus phonologiques témoignent d’une dynamique linguistique propre, où les formes lexicales subissent des transformations régulières selon des règles morphophonologiques précises.

L’influence arabe sur les langues comoriennes

Emprunts lexicaux et enrichissement du vocabulaire

L’arabisation linguistique des Comores résulte de plusieurs siècles de contacts commerciaux, religieux et matrimoniaux avec le monde arabe, particulièrement la péninsule arabique et les sultanats omanais. Cette influence se manifeste d’abord massivement dans le lexique, notamment dans les domaines de la religion, du droit, du commerce et de la vie urbaine.

Le vocabulaire islamique est presque entièrement d’origine arabe : termes théologiques, pratiques rituelles, institutions religieuses, mais aussi concepts juridiques et philosophiques. L’enseignement coranique, dispensé exclusivement en arabe classique, a contribué à maintenir une connaissance, au moins passive, de cette langue parmi les élites lettrées anjouanaises.

L’onomastique comorienne : un miroir de l’arabisation

L’étude de l’onomastique révèle particulièrement bien l’étendue de l’influence arabe. Moinaecha Cheikh Yahaya observe que le système anthroponymique comorien mêle des éléments bantous traditionnels et des noms arabes, souvent intégrés selon des schémas morphologiques hybrides. Les noms composés présentent fréquemment “des morphèmes nominaux altérés dans la langue courante et qui se manifestent au niveau des noms propres”, témoignant d’une “intégration” linguistique profonde.

L’étude des “traditions d’une lignée royale des Comores” et des rubriques de naissances, mariages et décès révèle la prédominance des prénoms arabes, souvent associés à des éléments généalogiques qui rappellent le système patronymique arabe. Cette onomastique reflète “des indications socio-culturelles et socio-linguistiques très significatives”, permettant d’identifier l’appartenance sociale, l’origine géographique et parfois le statut religieux des individus.

Maintien du substrat bantou

Malgré cette arabisation importante, les langues comoriennes ont conservé leur structure grammaticale fondamentalement bantoue. La classification nominale, l’ordre des mots, les systèmes verbaux restent pleinement bantous. L’influence arabe demeure essentiellement lexicale, avec quelques modifications phonologiques mineures liées à l’intégration de sons arabes absents du système phonétique bantou originel.

Cette situation de contact linguistique prolongé sans remplacement de la langue de base témoigne d’un processus d’emprunt culturel sélectif, où la religion et le prestige social se sont exprimés en arabe tandis que la langue vernaculaire bantoue a conservé son rôle de véhicule de la vie quotidienne et de l’identité locale.

Rites pré-islamiques et syncrétismes religieux

La persistance de croyances antérieures à l’islam

Si l’islam constitue aujourd’hui la religion officielle et dominante aux Comores, l’islamisation progressive n’a pas totalement effacé les croyances et pratiques antérieures. Pierre Vérin note, dans son étude sur “l’introduction de l’islam aux Comores selon les traditions orales”, que la conversion s’est effectuée graduellement, permettant la survie de certains éléments religieux pré-islamiques, souvent réinterprétés dans un cadre musulman.

Les traditions orales collectées révèlent l’existence de pratiques liées aux esprits de la nature, aux ancêtres et à des forces cosmiques qui précédaient l’arrivée de l’islam. Ces croyances, bien que marginalisées par la domination de l’orthodoxie islamique urbaine, se sont maintenues particulièrement dans les zones rurales et dans certaines pratiques féminines.

Le culte des esprits malgaches : les kibuki

Un exemple particulièrement révélateur de syncrétisme religieux est le culte des esprits kibuki d’origine malgache. Mohamed Ahmed Saleh a documenté la diffusion de ces pratiques par les femmes comoriennes, notamment à Zanzibar. “Les femmes comoriennes ont diffusé à Zanzibar (et continuent de le faire) les cultes des esprits malgaches (kibuki) dont la célébration avait permis l’intégration dans la Grande Île de migrants venus de l’archipel des Comores.”

Ces cultes de possession, où des esprits malgaches sont invoqués lors de cérémonies spécifiques accompagnées de musique et de danses, coexistent avec la pratique de l’islam. Ils témoignent des échanges culturels intenses entre Madagascar et les Comores, où les femmes ont joué un rôle central dans la transmission de traditions religieuses parallèles à l’orthodoxie islamique masculine.

Stratification religieuse et hiérarchies sociales

Claude Robineau souligne que l’islam comorien, particulièrement à Anjouan et à la Grande Comore, est “fortement organisé” et que “la société [est] constituée en groupes hiérarchisés”. Cette organisation sociale s’accompagne d’une hiérarchie religieuse complexe où coexistent :

  • L’islam orthodoxe des élites urbaines lettrées, transmis par l’enseignement coranique formel
  • Des pratiques soufies (confréries religieuses) influencées par les traditions est-africaines et arabes
  • Des rites populaires syncrétiques, souvent associés aux cycles agricoles ou aux événements de la vie
  • Des croyances en esprits et forces surnaturelles d’origine bantoue ou malgache

Cette stratification religieuse reflète les différentes vagues d’influence culturelle qui ont successivement touché l’archipel, créant un paysage religieux complexe où l’identité islamique globale intègre des pratiques locales diversifiées.

Le rôle des femmes dans les pratiques rituelles

Les sources soulignent le rôle particulier des femmes dans la préservation et la transmission de certaines pratiques rituelles, notamment celles liées aux esprits. Mohamed Ahmed Saleh note que ce sont principalement les “Comoriennes de Zanzibar” qui ont perpétué et diffusé le culte des kibuki malgaches, suggérant que les femmes disposaient d’espaces religieux relativement autonomes par rapport à l’islam officiel masculin.

Cette distribution genrée des pratiques religieuses apparaît comme une caractéristique récurrente des sociétés swahili, où les hommes contrôlent généralement l’islam formel et les institutions publiques, tandis que les femmes maintiennent des traditions parallèles liées à la fécondité, à la protection domestique et aux relations avec les esprits.

Anjouan : une société islamique urbaine lettrée

L’enseignement coranique comme fondement social

L’enseignement coranique structure profondément la société anjouanaise. L’étude de Bacar Souldine sur “l’enseignement coranique à Anjouan : cas des écoles de Sima” (soutenue en 2011) révèle l’ancienneté et l’importance de ce système éducatif traditionnel. Les écoles coraniques (madrasas) constituent non seulement des lieux d’apprentissage religieux mais aussi des espaces de socialisation et de reproduction des hiérarchies sociales.

L’enseignement se déroule généralement en plusieurs étapes : apprentissage de l’alphabet arabe, mémorisation de courtes sourates, puis progression vers la récitation complète du Coran. Les élèves les plus avancés étudient la grammaire arabe, la jurisprudence islamique et les sciences religieuses. Ce cursus peut s’étendre sur plusieurs années et se superpose, historiquement, à l’éducation familiale en langue vernaculaire.

Une aristocratie lettrée arabisée

L’histoire politique d’Anjouan, marquée par une succession de sultans et sultanats depuis le XIVe siècle, révèle l’existence d’une aristocratie urbaine lettrée, connaissant l’arabe et revendiquant souvent une ascendance arabe, réelle ou mythifiée. Les généalogies des sultans d’Anjouan, établies notamment par Hachim Mohamed et ses collaborateurs, montrent une continuité dynastique remarquable.

De 1. Sultan Hassan Mohamed au début de la période documentée jusqu’à 22. Sultan Sidi Mohamed Omar, ces dirigeants incarnaient une culture islamique urbaine distincte des pratiques rurales. Leur légitimité reposait en partie sur leur maîtrise de la culture arabo-islamique, leur capacité à organiser la justice selon la charia et leur patronage des institutions religieuses.

Sophie Blanchy note qu‘“Anjouan et la Grande Comore abondent en cités, anciens noyaux de principautés disparues”, témoignant d’une vie urbaine développée. Ces villes, construites en pierre à la manière des cités swahili du continent, abritaient des mosquées, des madrasas, des palais sultanaux et des quartiers de commerçants, reproduisant le modèle urbain islamique.

Différenciation avec les îles moins urbanisées

Claude Robineau établit une distinction nette entre Anjouan et la Grande Comore d’une part, et Mayotte d’autre part. Cette dernière “n’a pas de villes, cités bâties en pierres où une population arabisée vit selon des traditions différentes de la vie rurale ; elle n’a pas connu non plus de principautés puissantes”. Cette différenciation révèle que l’islamisation et l’arabisation ont été inégales au sein même de l’archipel, créant des cultures insulaires distinctes malgré la proximité géographique.

L’absence relative d’urbanisation à Mayotte s’est accompagnée d’une moindre pénétration de l’islam savant et de la culture arabe écrite. L’islam y a pris des formes plus syncrétiques, moins marquées par l’orthodoxie urbaine. Cette variation intra-archipélagique illustre le rôle central de l’urbanisation dans la diffusion de la culture islamique lettrée.

Circulation culturelle dans l’océan Indien occidental

Les réseaux matrimoniaux et commerciaux

L’intégration d’Anjouan dans les réseaux de l’océan Indien reposait largement sur des liens matrimoniaux et commerciaux. Les mariages entre familles aristocratiques anjouanaises et lignages de Lamu, Zanzibar, ou du Hadramaout (Yémen) renforçaient les alliances politiques et facilitaient le commerce. Ces unions contribuaient également à la diffusion de pratiques culturelles et linguistiques.

Sophie Blanchy souligne qu’Anjouan fonctionnait comme “un nœud dans les réseaux de l’océan Indien”, impliquant “l’émergence et le rôle d’une société urbaine lettrée et marchande” du XVIIe au XXe siècle. Cette position de carrefour a permis à l’île de devenir un point de rencontre et de mélange culturel, où se croisaient influences arabes, africaines, malgaches et même indiennes.

Zanzibar comme extension du monde comorien

Zanzibar occupait une place particulière dans l’univers relationnel comorien. Mohamed Ahmed Saleh note que “la position de Zanzibar en a fait depuis longtemps une escale presque obligée pour les boutres venant du nord ou du sud”, et que “Zanzibar s’affirme également comme un carrefour culturel”. Les migrations comoriennes vers Zanzibar, particulièrement importantes aux XIXe et XXe siècles, ont créé une diaspora active qui a maintenu des liens étroits avec l’archipel d’origine.

Les “Comoriennes de Zanzibar” ont joué un rôle culturel spécifique, notamment dans la diffusion des cultes de possession malgaches. Cette circulation de pratiques religieuses par les femmes migrantes témoigne de réseaux de solidarité féminine transnationaux et de la capacité des femmes à préserver et transmettre des traditions culturelles dans des contextes migratoires.

Madagascar et les échanges malgacho-comoriens

Les relations entre les Comores et Madagascar, géographiquement très proche, ont été intenses et anciennes. L’influence malgache se manifeste dans plusieurs domaines : vocabulaire (emprunts lexicaux), pratiques agricoles, techniques de navigation, et surtout dans le domaine religieux avec les cultes de possession.

Mohamed Ahmed Saleh observe que “les cultes des esprits malgaches (kibuki) […] avaient permis l’intégration dans la Grande Île de migrants venus de l’archipel des Comores”, suggérant un échange culturel bidirectionnel. Les Comoriens installés à Madagascar adoptaient certaines pratiques malgaches, qu’ils réintroduisaient ensuite aux Comores lors de retours ou via des réseaux féminins.

Bilan : une identité culturelle stratifiée

L’étude croisée de la linguistique et de la religion à Anjouan et dans le contexte swahili révèle une identité culturelle profondément stratifiée, résultant de multiples influences et contacts prolongés. Le substrat bantou originel, visible dans la structure grammaticale des langues comoriennes, a été enrichi par des apports arabes massifs, particulièrement dans le domaine lexical et religieux, tout en préservant des éléments malgaches et des survivances de pratiques pré-islamiques.

Cette complexité reflète la position géographique des Comores, à l’intersection de plusieurs mondes culturels. L’île d’Anjouan, avec ses cités islamiques lettrées et sa participation active aux réseaux commerciaux swahili, incarnait l’un des pôles les plus arabisés et urbanisés de l’archipel, comparable aux grandes cités-États de Lamu ou de Zanzibar. Toutefois, même dans ce contexte d’islamisation approfondie, des pratiques syncrétiques et des influences malgaches ont perduré, portées notamment par les femmes et les populations rurales.

Les langues comoriennes, avec leurs systèmes accentuels complexes, leurs phénomènes d’intégration morphologique et leur onomastique hybride, témoignent matériellement de ces siècles d’échanges et d’influences croisées. Elles constituent un patrimoine linguistique unique, bantou dans sa structure mais profondément marqué par l’arabe dans son lexique et ses références culturelles, offrant un exemple remarquable d’adaptation linguistique au contact de civilisations multiples sans perte de l’identité structurelle fondamentale.

Voir aussi

Sources

  • Ahmed-Chamanga, Mohamed, “L’élision en shingazidja”, Ya mkoþe n° 8-9, février 2002
  • Bacar, Souldine, “L’enseignement coranique à Anjouan : cas des écoles de Sima”, Mémoire de Maîtrise, Université de Tuléar, 2011
  • Blanchy, Sophie, “Anjouan (Comores), un nœud dans les réseaux de l’océan Indien. Émergence et rôle d’une société urbaine lettrée et marchande (XVIIe-XXe siècle)”, Afriques, n° 6, 2015
  • Cheikh Yahaya, Moinaecha