Table des matières

Introduction

Entre le XVIe et le milieu du XVIIIe siècle, l’archipel des Comores occupe une position stratégique au cœur des réseaux commerciaux de l’Afrique orientale, constituant un relais essentiel entre la côte swahilie et le nord-ouest de Madagascar. Cette période, marquée par l’émergence de la traite négrière dans l’océan Indien occidental, voit les Comores s’intégrer progressivement à un système d’échanges complexe où circulent esclaves, produits agricoles et marchandises de luxe. L’île d’Anjouan (Ndzuani) se distingue particulièrement comme point névralgique de ces échanges, attirant marchands arabes, swahilis et, progressivement, navigateurs européens.

Cette intégration aux circuits commerciaux régionaux s’accompagne de transformations économiques et sociales profondes dans l’archipel. Le développement de la traite stimule une réorganisation des systèmes agraires, notamment à Anjouan où les mutations paysagères traduisent l’adaptation des sociétés comoriennes aux nouvelles opportunités commerciales. Ces dynamiques s’inscrivent dans le cadre plus large de l’histoire swahilie, marquée par l’islamisation, l’urbanisation côtière et le développement d’une culture maritime partagée entre l’Afrique orientale et l’archipel des Comores.

La côte swahilie et les Comores : géographie d’un espace commercial intégré

Le monde swahili de la période 1500-1750 s’étend le long de la côte est-africaine, depuis la Somalie méridionale jusqu’au Mozambique, englobant dans son orbite commerciale et culturelle l’archipel des Comores et le nord-ouest de Madagascar. Cette vaste zone maritime forme un espace d’échanges unifié par la langue kiswahili, la religion musulmane et des pratiques commerciales communes, bien avant que les puissances européennes ne cherchent à en contrôler les flux.

Les Comores, situées dans le canal du Mozambique, bénéficient d’une position géographique exceptionnelle qui en fait un point de passage obligé pour les navigations entre l’Afrique continentale et Madagascar. L’archipel se compose alors de quatre îles principales : Ngazidja (Grande-Comore), Ndzuani (Anjouan), Mwali (Mohéli) et Maoré (Mayotte). Parmi elles, Anjouan s’impose comme le principal centre commercial et politique, dotée de ports naturels abrités et d’une production agricole diversifiée qui attire les navires en provenance de Zanzibar, Kilwa, Mogadiscio et des sultanats du nord de Madagascar.

La navigation dans cette région obéit aux rythmes saisonniers de la mousson. De novembre à mars, la mousson du nord-est (kaskazi) facilite les voyages depuis la côte swahilie vers les Comores et Madagascar. D’avril à octobre, la mousson du sud-ouest (kusi) favorise le trajet retour. Ce système de vents alternés structure les calendriers commerciaux et explique la présence saisonnière de communautés marchandes dans les ports comoriens, créant des réseaux d’intermédiation durables entre les différents pôles économiques de la région.

La traite négrière dans l’océan Indien occidental (1500-1750)

Selon les recherches de Thomas Vernet (2006), la traite négrière dans l’océan Indien occidental connaît durant cette période des caractéristiques distinctes de celle de l’Atlantique. Dès avant 1500, l’exportation d’esclaves depuis la côte est-africaine vers les pays du Golfe persique, l’Arabie et l’Inde constitue une réalité ancienne. Cependant, à partir du XVIe siècle, l’intensification des échanges et l’émergence de nouveaux débouchés, notamment dans les plantations côtières et les établissements malgaches, transforment progressivement les volumes et les modalités de cette traite.

Les Comores participent à ce commerce triangulaire régional selon plusieurs modalités. L’archipel sert d’abord de point de relâche et de ravitaillement pour les navires transportant des captifs depuis les ports swahilis (Kilwa, Zanzibar, Mombasa) vers Madagascar ou vers les îles Mascareignes à partir du XVIIe siècle. Les navires y font escale pour renouveler leurs provisions d’eau et de vivres, parfois pour vendre ou échanger des esclaves malades ou indociles contre des produits locaux.

Plus significativement, les Comores deviennent également une source d’approvisionnement en esclaves, bien que de moindre ampleur que les grands ports continentaux. Les captifs proviennent alors soit de razzias menées sur les côtes africaines par des armateurs comoriens, soit d’achats effectués auprès des réseaux swahilis, avant d’être revendus localement ou réexportés. Cette participation à la traite s’accompagne du développement d’une main-d’œuvre servile locale, utilisée dans les plantations et les domaines de l’aristocratie anjouanaise.

À Anjouan particulièrement, l’afflux de richesses générées par le commerce d’esclaves et de denrées tropicales permet l’émergence d’une élite marchande et foncière. Cette classe dirigeante contrôle les meilleurs mouillages, perçoit des taxes sur le commerce et investit dans l’agriculture d’exportation. Les sultans anjouanais entretiennent des relations privilégiées avec les grands ports swahilis, recevant des lettrés musulmans, des artisans et des commerçants qui renforcent l’islamisation de la société et l’intégration de l’île aux réseaux culturels de l’océan Indien.

Mutations agraires à Anjouan : du XVIe au XVIIIe siècle

L’insertion d’Anjouan dans les circuits commerciaux régionaux entraîne des transformations significatives de son système agraire. Comme l’ont montré Nourddine Mirhani et ses collaborateurs (2019), les paysages agricoles de l’île, avant l’intensification coloniale du XIXe siècle, résultent déjà de plusieurs siècles d’adaptation aux opportunités commerciales ouvertes par la traite et les échanges avec la côte swahilie.

Durant cette période, l’agriculture anjouanaise se structure autour de deux logiques complémentaires : une production vivrière destinée à l’autoconsommation et au ravitaillement des navires de passage, et une production de cultures commerciales destinées à l’exportation. Le riz, culture majeure adaptée aux plaines littorales et aux bas-fonds humides d’Anjouan, constitue la base alimentaire et un produit d’échange apprécié par les navigateurs. Les cocoteraies, implantées sur les franges littorales, fournissent coprah, huile et coco sec, denrées de longue conservation recherchées pour les voyages maritimes.

Plus significativement, Anjouan développe des cultures arborées à forte valeur ajoutée. Les recherches de Mirhani et al. (2019) montrent que dès cette période précoloniale, l’île cultive des arbres fruitiers (manguiers, agrumes) et probablement des épices destinées aux marchés régionaux. Ces cultures pérennes nécessitent un contrôle foncier stable et des investissements à long terme, ce qui favorise la constitution de domaines aristocratiques et l’utilisation d’une main-d’œuvre servile.

L’agriculture anjouanaise de cette époque se caractérise aussi par son adaptation au relief accidenté de l’île. Les versants montagneux, couverts de forêts, fournissent bois de construction pour la marine locale et la construction navale. Selon Kamardine Mohamed Sinane (2013), les littoraux d’Anjouan connaissent déjà une anthropisation progressive, avec un défrichement des zones côtières les plus accessibles et une pression croissante sur les ressources hydriques, enjeu crucial pour une île volcanique sans grand fleuve permanent.

Ces mutations agraires s’accompagnent d’une évolution des structures sociales. L’accumulation de richesses commerciales par certaines familles aristocratiques renforce les hiérarchies sociales et consolide un système de dépendance où esclaves et populations subalternes travaillent sur les terres des élites. Cette stratification sociale, combinée à l’influence croissante de l’islam sunnite véhiculé par les réseaux swahilis, façonne une société anjouanaise dont les traits essentiels perdureront jusqu’à l’époque coloniale.

Hydrogéologie et ressources naturelles : contraintes et adaptations

L’intensification des activités humaines à Anjouan entre 1500 et 1750, liée au développement commercial et aux mutations agraires, pose progressivement la question des ressources naturelles disponibles, particulièrement l’eau. Comme l’a établi Arnaud Charmoille (2013), le fonctionnement hydrogéologique d’Anjouan présente des caractéristiques propres aux îles volcaniques jeunes : absence de nappes phréatiques étendues, dépendance aux précipitations saisonnières, et multiplication de sources pérennes alimentées par l’infiltration dans les roches volcaniques fissurées.

Durant la période précoloniale, les populations anjouanaises développent une connaissance empirique fine de ces ressources hydriques. Les villages s’implantent préférentiellement à proximité des sources permanentes, situées généralement sur les flancs de montagne où la forêt, encore étendue, favorise l’infiltration et le maintien d’un débit régulier. Les systèmes d’irrigation rudimentaires, utilisant des canaux à ciel ouvert (maforo), permettent d’acheminer l’eau des sources vers les rizières de bas-fonds et les jardins irrigués.

Cependant, la déforestation progressive liée à l’extension des cultures, à l’exploitation du bois et aux besoins en combustible des populations croissantes commence à affecter le régime hydrique de certaines zones côtières. Charmoille (2013) note que les formations forestières jouent un rôle crucial dans la régulation des écoulements et la recharge des aquifères. Leur défrichement, même limité à cette époque, entraîne une irrégularité accrue des débits, avec des crues plus violentes en saison humide et des étiages plus marqués en saison sèche.

Cette tension naissante entre développement agricole et préservation des ressources hydriques préfigure les crises environnementales plus graves que connaîtra Anjouan aux époques ultérieures. Elle témoigne également de la transformation d’un écosystème insulaire sous l’effet conjugué de l’intégration commerciale régionale, de la croissance démographique et de l’intensification agricole, dynamiques caractéristiques de la période 1500-1750 dans l’ensemble du monde swahili.

Le droit maritime comorien précolonial

L’insertion des Comores dans les réseaux commerciaux de l’océan Indien s’accompagne du développement de normes juridiques régissant la navigation, le commerce maritime et les relations entre communautés marchandes. Bien que les sources écrites directes sur le droit maritime comorien précolonial soient rares, les recherches d’Ahamada Ali (2016) permettent de reconstituer certains éléments de ce système normatif en combinant sources orales, traditions juridiques islamiques et comparaison avec les usages observés sur la côte swahilie.

Le droit maritime comorien de cette période s’inscrit dans le cadre plus large du droit musulman (fiqh), particulièrement dans sa dimension commerciale (fiqh al-mu’amalat). Les sultanats comoriens, notamment celui d’Anjouan, appliquent les principes islamiques régissant les contrats commerciaux, les sociétés en commandite (mudaraba) et les règles de responsabilité des transporteurs maritimes. Ces normes, largement partagées dans le monde swahili et au-delà, facilitent les transactions entre marchands de différentes origines et créent un climat de prévisibilité juridique favorable aux échanges.

Les ports comoriens développent également des usages locaux (urf) adaptés aux spécificités de l’archipel. Les sultans et leurs représentants exercent un contrôle sur les mouillages, perçoivent des taxes portuaires et arbitrent les différends entre marchands. Des fonctionnaires spécialisés, souvent lettrés en arabe et familiers du droit islamique, assurent l’enregistrement des transactions importantes et la rédaction de contrats. Ces pratiques administratives, bien qu’informelles selon les standards européens de l’époque, garantissent un degré d’organisation suffisant pour attirer les navigateurs dans les ports comoriens.

Le droit coutumier (ada) joue également un rôle important, notamment concernant les relations entre communautés villageoises et le contrôle des ressources littorales. Les droits d’accès aux zones de pêche, les règles d’exploitation des mangroves (importantes pour la construction navale) et les modalités de partage des prises lors d’échouages de cétacés relèvent souvent de traditions préislamiques, progressivement réinterprétées à la lumière des principes musulmans mais conservant une forte dimension locale.

Cette articulation entre droit islamique universel, usages commerciaux swahilis et coutumes locales confère au système juridique maritime comorien une flexibilité qui facilite les échanges tout en préservant l’autorité des élites locales. Elle reflète également l’identité composite des sociétés comoriennes, à la fois pleinement intégrées au monde swahili musulman et porteuses de spécificités insulaires héritées de leur histoire propre.

Relations avec Madagascar et la côte africaine

Les Comores entretiennent durant la période 1500-1750 des relations complexes et multiformes avec leurs deux grands voisins : la côte swahilie d’Afrique orientale et Madagascar. Ces relations dépassent largement le cadre commercial pour englober des dimensions démographiques, culturelles et politiques.

Avec la côte swahilie, les liens sont anciens et structurants. Les ports de Kilwa, Zanzibar, Mombasa et Pate constituent les principaux partenaires commerciaux des Comores. Des migrations saisonnières de marchands swahilis vers l’archipel créent des communautés temporaires qui, parfois, se fixent durablement, particulièrement à Anjouan. Ces commerçants apportent avec eux des connaissances techniques, des pratiques religieuses et des modes d’organisation sociale qui enrichissent et complexifient les sociétés comoriennes. Inversement, des marchands comoriens fréquentent régulièrement les ports swahilis, créant des réseaux diasporiques qui facilitent les transactions commerciales.

Les relations avec Madagascar présentent un caractère différent. Le nord-ouest malgache, notamment la région de la baie de Boina et le royaume sakalava, devient progressivement un partenaire commercial important des Comores. Madagascar fournit esclaves, riz, zébus et bois de construction, en échange de produits manufacturés, de tissus et de biens de prestige transitant par les Comores. Thomas Vernet (2006) souligne que les Comores jouent un rôle d’intermédiaire entre les réseaux swahilis et les royaumes malgaches, position lucrative qui explique en partie la prospérité d’Anjouan durant cette période.

Ces relations transoceaniennes s’accompagnent de mouvements de population complexes. Des esclaves malgaches sont introduits aux Comores, où ils forment progressivement une composante significative de la population servile. Des navigateurs et pêcheurs comoriens s’établissent temporairement ou définitivement sur les côtes malgaches. Ces migrations créent des liens familiaux et culturels qui transcendent les frontières politiques et favorisent la circulation des savoirs, des techniques et des pratiques culturelles.

Héritage linguistique et culturel swahili aux Comores

L’intégration des Comores aux réseaux commerciaux swahilis laisse des traces profondes dans les langues et cultures de l’archipel. Bien que les Comores développent leurs propres variantes linguistiques, l’influence swahilie y demeure manifeste, témoignant de plusieurs siècles d’échanges intenses avec la côte est-africaine.

Les langues comoriennes (shikomori), notamment le shimaore parlé à Mayotte et le shindzuani d’Anjouan, appartiennent au groupe des langues bantoues comme le kiswahili. Marie-Françoise Rombi (1983) a montré que ces langues partagent avec le swahili de nombreuses racines lexicales, des structures grammaticales communes et surtout un vocabulaire maritime et commercial largement emprunté au kiswahili et à l’arabe. Cette proximité linguistique facilite la communication entre marchands swahilis et Comoriens, renforçant l’intégration économique de l’archipel.

Plus significativement, l’adoption massive de termes arabes liés à la religion, au droit, au commerce et à l’administration reflète l’islamisation profonde des sociétés comoriennes durant la période 1500-1750. Le système de référence temporel, les concepts juridiques, la terminologie commerciale et le vocabulaire religieux sont largement empruntés à l’arabe, généralement via le kiswahili qui sert de langue véhiculaire dans toute la région. Cette arabisation lexicale s’accompagne de l’adoption de l’alphabet arabe pour transcrire les langues comoriennes, pratique qui perdure jusqu’à l’époque coloniale.

Sur le plan culturel, l’influence swahilie se manifeste dans l’architecture (construction en pierre de corail, maisons à étages avec coursives caractéristiques des villes swahilies), les pratiques matrimoniales (grand mariage avec prestations importantes, endogamie de classe), l’organisation sociale (distinction entre aristocratie sharif revendiquant des origines arabes et populations communes) et les traditions poétiques et musicales. La poésie en langue comorienne écrite en caractères arabes (utenzi) s’inscrit dans la tradition littéraire swahilie plus large.

Ces emprunts culturels ne signifient pas pour autant une simple réplication du modèle swahili. Les sociétés comoriennes développent des synthèses originales, combinant apports swahilis, substrats bantous anciens et innovations locales. L’identité comorienne qui se cristallise durant cette période se caractérise précisément par cette capacité à s’insérer dans des réseaux transnationaux tout en préservant des particularités insulaires reconnues par les observateurs extérieurs.

Conclusion

La période 1500-1750 constitue un moment charnière dans l’histoire des Comores, marqué par leur intégration approfondie aux réseaux commerciaux de l’Afrique orientale. L’archipel, particulièrement l’île d’Anjouan, s’affirme comme un relais essentiel entre la côte swahilie, Madagascar et, progressivement, les routes maritimes européennes qui commencent à sillonner l’océan Indien.

Cette insertion dans les circuits de la traite et du commerce régional transforme durablement les sociétés comoriennes. Les mutations agraires observées à Anjouan témoignent d’une adaptation réussie aux opportunités commerciales, avec le développement d’une agriculture d’exportation qui préfigure l’économie de plantation coloniale ultérieure. L’émergence d’élites marchandes et foncières enrichies par le commerce reconfigure les hiérarchies sociales et renforce l’islamisation de la société, processus véhiculé par les réseaux swahilis.

Cependant, cette prospérité commerciale comporte également des coûts environnementaux et sociaux. La pression croissante sur les ressources naturelles, particulièrement hydriques, annonce les difficultés écologiques que connaîtra Anjouan aux siècles suivants. Le développement de l’esclavage, bien que d’ampleur limitée comparé aux grands centres de traite continentaux, introduit dans la société comorienne des clivages statutaires durables.

L’héritage de cette période demeure visible dans de nombreux aspects de la culture comorienne contemporaine : langue, droit, architecture, structures sociales. Les Comores d’aujourd’hui portent toujours la marque de ces siècles d’intégration au monde swahili, période durant laquelle s’est forgée une identité insulaire spécifique, à la fois pleinement africaine et profondément connectée aux dynamiques transocéaniques de l’océan Indien.

Voir aussi

Sources

  • Vernet, Thomas (2006). “Les réseaux de traite de l’Afrique orientale: côte swahili, Comores et nord-ouest de Madagascar (vers 1500-1750)”, Cahiers des Anneaux de la Mémoire, n°9, pp. 67-107
  • Mirhani, Nourddine, Taïbi, Aude Nuscia, El Hannani, Mustapha et Ballouche, Aziz (2019). “Mutations des paysages agraires coloniaux d’Anjouan”, Africana studia, n°32, pp. 69-89
  • Sinane, Kamardine Mohamed (2013). Les littoraux des Comores, dynamique d’un système anthropisé : le cas de l’île d’Anjouan, Thèse de doctorat, Université de La Réunion
  • Charmoille, Arnaud (2013). Ébauche du fonctionnement hydrogéologique de l’île d’Anjouan (Comores), Rapport technique, ONG AVSF/Dahari
  • Ali, Ahamada (2016). Le droit maritime comorien : étude de droit comparé, Thèse de doctorat, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
  • Rombi, Marie-Françoise (1983). Le shimaore (île de Mayotte, Comores) : première approche d’un parler de la langue comorienne, PEETERS/SELAF